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Simon Abkarian incarne le général de Gaulle, 2 heures de film épique, ce que la nouvelle série d’Antonin Baudry révèle sur l’Âge de fer

Simon Abkarian endosse l’uniforme du général de Gaulle dans « La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer », un film d’Antonin Baudry qui ose s’attaquer au mythe fondateur. Une entreprise périlleuse, entre admiration et démythification, que le cinéaste assume pleinement.

Ce mardi matin, on imagine facilement l’ampleur du défi : incarner Charles de Gaulle à l’écran. Pas n’importe quel moment de sa vie, mais « l’Âge de fer », celui des décisions qui ont façonné la France moderne. Antonin Baudry, le réalisateur, ne s’est pas contenté de raconter une histoire. Il a choisi de décortiquer un mythe. Et pour cela, il a confié la tâche à Simon Abkarian, un acteur habitué aux rôles exigeants, à ceux qui demandent de la profondeur.

Abkarian droit dans les bottes du Général

L’enjeu, pour Abkarian, dépasse le simple jeu d’acteur. Il ne s’agit pas seulement de reproduire les gestes du Général, sa gestuelle reconnaissable entre mille, ce port altier qui a marqué des générations. C’est d’accéder à son intériorité, aux doutes qui l’ont peut-être traversé, aux calculs politiques qui ont guidé ses choix. Le titre du film, « La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer », suggère que la lutte ne s’est pas limitée aux champs de bataille visibles. Elle s’est jouée aussi dans le cabinet, dans les négociations, dans les moments d’isolement du pouvoir.

Baudry, en mettant Abkarian face à ces enjeux intimes du personnage, explore un territoire rarement exploité au cinéma français : celui du doute du grand homme. Le mythe de Gaulle, en France, s’est longtemps construit sur l’inébranlable, sur la certitude d’une vision. Le proposer sous un autre éclairage relève presque de la provocation culturelle.

Un cinéaste qui ne craint pas la controverse

Antonin Baudry s’est forgé une réputation de « briseur d’icônes » auprès des observateurs du cinéma français. Ce n’est pas l’approche du biographe timide qui se contente de célébrer. C’est celle du questionneur, de celui qui demande : et si ce que nous croyons savoir était incomplet ? Et si ce monument avait des failles ?

Cette posture comporte des risques. En France, toucher à la figure gaullienne, c’est s’aventurer en terrain sacré. De Gaulle n’est pas simplement un personnage historique ; il est un référent pour la nation. Pour certains, il demeure l’incarnation de la grandeur française. Pour d’autres, un symbole d’autoritarisme. Le film, par la simple existence, ravive ces tensions. Les critiques qui parlent d’« embarras général » n’ignorent pas qu’elles évoquent ainsi l’une des grandes questions du cinéma : jusqu’où peut-on demystifier sans risquer de profaner ?

Entre admiration et déconstruction
Entre admiration et déconstruction

Entre admiration et déconstruction

Ce qui rend le projet de Baudry particulièrement intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas d’une démolition pure. Le réalisateur n’a pas entrepris de ridiculiser son sujet. L’ambition affichée est plus subtile : « droit dans les bottes » signifie que le film assume une certaine franchise, une absence de compromis. Abkarian ne fera pas semblant. Il ne lissera pas les angles. Il se glissera dans la peau d’un homme confronté à des choix déchirants, à des moments où le poids de la France sur ses épaules devait être écrasant.

Le contexte de production « soutenue par la Région Île-de-France » suggère aussi une forme de reconnaissance institutionnelle, même si cette reconnaissance vient avec son propre poids politique. Un film sur de Gaulle financé par une collectivité territoriale n’est jamais un geste neutre. C’est un investissement dans la manière dont on raconte l’histoire de la nation.

Un cinéma français qui s’interroge sur ses mythes

« La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer » s’inscrit dans une tendance plus large du cinéma français contemporain : celui de réinterroger ses figures tutélaires. Pas pour les détruire, mais pour les humaniser, pour les ramener du statut de statues à celui de personnages complexes, contradictoires, vivants.

Pour les spectateurs qui découvriront le film cette semaine dans les salles, la question sera simple : arrive-t-on à voir de Gaulle autrement après avoir vu Abkarian dans le rôle ? Ou le mythe reprend-il ses droits dès la sortie du cinéma ? C’est probablement là que réside la véritable bataille : non pas celle que Gaulle a menée autrefois, mais celle qu’un film entreprend chaque fois qu’il ose s’attaquer à ce qui semble intouchable.

Sarah Fortin
Sarah Fortin
Née à Lyon, Sarah a couvert l'actualité des métropoles françaises pendant huit ans pour la presse régionale avant de rejoindre Le Metropolitan. Passionnée d'urbanisme et de mobilité, elle décrypte les transformations qui façonnent le quotidien des citadins, des nouvelles lignes de tramway aux projets de piétonnisation. Quand elle ne sillonne pas les rues de Bordeaux ou Marseille, elle tient un carnet de croquis des marchés de quartier.

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