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Areski Belkacem, 86 ans, collaborateur de Brigitte Fontaine pendant 50 ans, disparu, ce qui marque la fin d’une légende musicale française

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Areski Belkacem, musicien et compositeur algérien qui a incarné pendant plus de cinq décennies une forme de poésie sonore aux côtés de Brigitte Fontaine, est décédé à l’âge de 86 ans. Avec elle, il avait signé trois albums fondateurs qui ont redéfini les frontières entre chanson, musique expérimentale et engagement politique.

La disparition d’Areski Belkacem marque la fin d’une histoire artistique hors du commun. Celui que la presse qualifiait de « prince consort de la chanson française » a passé l’essentiel de sa carrière aux côtés de Brigitte Fontaine, établissant avec elle un dialogue musical qui transcendait les conventions du genre. Ensemble, ils ont enregistré trois albums qui constituent le socle de leur légende commune, des disques qui, sur le papier, semblaient inclassables : ni tout à fait de la chanson, ni tout à fait de la musique expérimentale, quelque part entre la provocation et la vulnérabilité.

Un partenariat qui a défié les catégories musicales

Ce qui frappe en relisant les traces de leur collaboration, c’est l’ampleur de la mécompréhension dont ils ont été victimes. Areski et Fontaine ont travaillé à une époque où les frontières entre art savant et chanson populaire étaient rigidement gardées. Leur musique, teintée d’influences algériennes, de poésie surréaliste et de ruptures sonores délibérées, n’entrait dans aucune case du marché discographique de l’époque. Les gens les prenaient pour des révolutionnaires, dira Areski en 2025 lors d’une interview, avec une forme de résignation amusée face à une réputation qu’ils n’avaient jamais vraiment revendiquée.

Ce malentendu initial révèle pourtant quelque chose d’essentiel : Areski et Fontaine ne cherchaient pas à révolutionner la musique. Ils écrivaient simplement ce qu’ils entendaient, sans concession aux attentes du public ou des maisons de disques. La complétude artistique de leur lien — Areski en tant que musicien et compositeur, Fontaine en tant que chanteuse et poète — créait une alchimie qu’il aurait été impossible de reproduire sans l’un ou l’autre.

Un musicien aux talents multiples qui s’effaçait volontiers

Le parcours d’Areski Belkacem incarne une certaine forme de générosité artistique. Présenté comme un talent multiforme — musicien, compositeur, arrangeur, producteur — il a constamment choisi le rôle de complice plutôt que de vedette. Beaucoup d’artistes auraient construit une carrière solo sur le succès d’estime qu’avaient acquis les albums avec Fontaine. Areski, lui, a semblé satisfait de rester dans l’ombre du rayonnement poétique de sa partenaire, tout en étant le véritable architecte sonore de leurs créations communes.

Cette effacement volontaire fait de sa mort une perte singulière : ce n’est pas seulement un musicien que la musique française perd, c’est un maillon clé d’une chaîne créative qui remonte aux années 1960. Sans Areski, les arrangements souvent inattendus, l’intégration d’instruments traditionnels algériens à des textes poétiques français, la capacité à créer du non-sens musical qui résonne pourtant d’une pertinence étrange, n’auraient jamais été possible.

L'héritage musical d'une collaboration inclassable
L'héritage musical d'une collaboration inclassable

L’héritage musical d’une collaboration inclassable

Les trois albums qu’Areski et Brigitte Fontaine ont enregistrés ensemble restent des objets énigmatiques dans l’histoire de la musique française. Ils n’ont jamais connu le succès commercial des variétés standard, ni l’reconnaissance institutionnelle de la musique savante. Pourtant, leur influence lente mais persistante s’exerce sur les musiciens qui cherchent à échapper aux catégories préétablies — que ce soit dans le rock expérimental, la chanson d’auteur ou les musiques électroacoustiques.

À 86 ans, Areski Belkacem ferme un chapitre de l’histoire culturelle française souvent oublié des histoires officielles, celui où la poésie se faisait musique sans demander d’autorisation, où l’expérimentation ne visait pas l’innovation pour l’innovation, mais simplement l’authenticité du geste créatif. C’est cette authenticité sans concession qui manquera à la musique française.

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Sarah Fortin
Sarah Fortin
Née à Lyon, Sarah a couvert l'actualité des métropoles françaises pendant huit ans pour la presse régionale avant de rejoindre Le Metropolitan. Passionnée d'urbanisme et de mobilité, elle décrypte les transformations qui façonnent le quotidien des citadins, des nouvelles lignes de tramway aux projets de piétonnisation. Quand elle ne sillonne pas les rues de Bordeaux ou Marseille, elle tient un carnet de croquis des marchés de quartier.

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