La série « The Shards », adaptée du roman de Bret Easton Ellis et réalisée par Ryan Murphy, arrive sur Disney+ le 6 août. Cette adaptation en neuf épisodes raconte la dernière année de lycée de l’écrivain au début des années 1980 à Los Angeles, mêlant récit initiatique, thriller et reconstitution historique d’une atmosphère rongée par la paranoïa.
Quand deux figures majeures de la culture américaine décident de collaborer, on peut s’attendre à quelque chose de particulier. Le romancier Bret Easton Ellis et le réalisateur Ryan Murphy ne s’étaient jamais travaillé ensemble avant ce projet, pourtant leurs univers créatifs se répondent depuis des décennies. « The Shards » est le fruit de cette rencontre tardive, une série qui explore les zones grises du luxe californien et les secrets qui se cachent derrière les façades dorées.
Quand l’écrivain devient personnage de sa propre histoire
Bret Easton Ellis a fondé sa réputation sur un sujet très précis: la jeunesse fortunée de Los Angeles, prise entre violence, excès et détachement émotionnel. Son premier roman, Less Than Zero, publié en 1985 alors qu’il n’avait que 21 ans, a connu un succès immédiat et presque générationnel. American Psycho, six ans plus tard, a provoqué le scandale avant même sa parution, forçant l’auteur à changer d’éditeur. Ellis était devenu aussi controversé que ses livres.
« The Shards » est son retour à cet univers d’adolescence privilégiée, mais sous un angle autobiographique assumé. Le roman, long de 900 pages, a demandé treize ans de travail à l’auteur. Avant sa sortie en 2023, le texte a d’ailleurs circulé de manière plus insolite: Ellis en avait proposé une version audio en feuilleton sur son propre podcast entre 2020 et 2021. La série de Ryan Murphy adapte ce texte en neuf épisodes et transforme l’écrivain adolescent en protagoniste d’un véritable thriller, où réalité et fiction se mélangent volontairement.
Ryan Murphy: le réalisateur du sombre et du glamour
Ryan Murphy est depuis quarante ans une figure incontournable de la télévision et du cinéma américains. La presse britannique le qualifie de « roi hollywoodien de l’horreur, du kitch et du crime ». Son portfolio inclut des succès comme American Horror Story et The Assassination of Gianni Versace, des projets qui partagent déjà une fascinante ambiguïté tonale: le beau et le morbide cohabitent constamment.
Murphy a déclaré à Vogue qu’il admirait Bret Easton Ellis depuis longtemps: « J’ai toujours adoré, voire vénéré, le travail de Bret. Nous avons à peu près le même âge et j’ai grandi avec ses livres. Il s’intéresse aux mêmes choses que moi. » La série reflète effectivement leurs obsessions communes: le culte des apparences, la violence tapie sous le luxe, la sexualité cachée, et une jeunesse privilégiée mais livrée à elle-même dans des communautés fermées cultivant l’entre-soi.
Los Angeles en 1981: une reconstitution précise au service de la paranoïa
L’intrigue de la série s’enroule autour d’un tueur en série surnommé « le Chalutier », qui terrorise les beaux quartiers de Los Angeles. Dans ce climat de peur, un nouvel élève au passé trouble arrive au lycée de Bret, un mystérieux personnage nommé Robert Mallory, dont le jeune narrateur devient obsédé: il en est certain, ce garçon cache quelque chose, peut-être pire.
Pour cette plongée temporelle, Ryan Murphy a fait le pari de la fidélité esthétique. Tournée entièrement à Los Angeles avec des décors reconstitués, la série reconstitue la Californie du début des années 1980 avec une remarquable précision. La caméra suit des adolescents chics se déplaçant en Porsche ou en BMW décapotable, naviguant entre un lycée prestigieux et privé, et des propriétés aux piscines géantes et jacuzzis où les parents sont souvent absents. C’est un univers où l’argent coule à flots, photographié avec une esthétique très léchée qui mélange le glamour et l’angoisse.
Ce contexte historique n’est pas anodin. Ces années 1980 en Californie restaient marquées par l’ombre des meurtres de la secte de Charles Manson, une douzaine d’années plus tôt. La série capte parfaitement cette schizophrénie: l’horreur et l’insouciance coexistent, voire le déni complet. Les adolescents hors sol de Bret Easton Ellis incarnent cette contradiction fascinante et dérangeante que Ryan Murphy a réussi à translater à l’écran.
Un casting qui double la fiction: les enfants de l’aristocratie hollywoodienne
L’une des grandes audaces de cette série réside dans son casting. Ryan Murphy a cherché pendant six mois de nouveaux visages plutôt que de grandes jeunes stars déjà installées. Mais le pari qu’il a finalement fait relève de l’ironie créative: faire incarner la jeunesse dorée de Hollywood par les enfants de cette même aristocratie hollywoodienne.
Parmi les acteurs principaux figurent Kaia Gerber, fille de Cindy Crawford (qui joue Susan), et Homer Gere, fils de Richard Gere (qui joue Robert Mallory). Aucun ne s’était rencontré avant le projet. Homer Gere a raconté à la presse américaine que leur première rencontre était « drôle », l’éléphant dans la pièce étant évidemment l’histoire de leurs parents, qui avaient formé l’un des couples les plus célèbres de Hollywood au début des années 1990. Kaia Gerber a expliqué qu’ils sont devenus très vite amis et qu’Homer était « le meilleur partenaire de jeu » qu’elle pouvait espérer.
Hayes Warner complète l’équipe en incarnant Debbie, blonde peroxydée, artiste pop repérée par le magazine People. Le pari du casting s’avère une réussite: ces jeunes acteurs apportent une authenticité particulière à leurs rôles, vivant eux-mêmes une version contemporaine de la réalité que leurs personnages incarnent.
Un roman, un podcast, une série: l’évolution d’une histoire
« The Shards » illustre comment une œuvre peut circuler à travers les médias modernes. Le texte d’Ellis a d’abord pris forme orale sur son propre podcast, créant une forme de feuilleton audio, avant d’être publié en roman complet en 2023, et enfin d’être adapté à la télévision. Cette circulation multimédias reflète la nature elle-même de la série: une mise en abyme fictionnelle du romancier, où l’autobiographie se frotte à la fiction, et où le créateur observe ses propres jeunes années avec la distance d’un adulte conscient de leurs secrets.
À retenir
- La série The Shards arrive sur Disney+ le 6 août en neuf épisodes.
- Ryan Murphy adapte le roman de Bret Easton Ellis sur sa dernière année de lycée en 1980.
- L' histoire se situe à Los Angeles et mêle récit initiatique, thriller et reconstitution historique.
- Bret Easton Ellis a fondé sa réputation sur la jeunesse fortunée californienne avec Less Than Zero en 1985.
- C' est la première collaboration entre le romancier Ellis et le réalisateur Ryan Murphy.
Questions fréquentes
- Quand sort « The Shards » sur Disney+?
- La série arrive sur Disney+ le 6 août. Elle comprend neuf épisodes adaptés du roman de Bret Easton Ellis.
- Quel est le sujet de « The Shards »?
- La série raconte la dernière année de lycée de Bret Easton Ellis au début des années 1980 à Los Angeles, mêlant récit initiatique, thriller et reconstitution d’une atmosphère marquée par la paranoïa.
- C' est la première collaboration entre Ryan Murphy et Bret Easton Ellis?
- Oui, c’est leur première collaboration malgré le fait que leurs univers créatifs se répondent depuis des décennies.
- Que sait-on du style d'écriture de Bret Easton Ellis?
- Ellis a bâti sa réputation sur l’exploration de la jeunesse fortunée de Los Angeles, avec ses thèmes de violence, d’excès et de détachement émotionnel, qu’il a popularisés dans « Less Than Zero » publié en 1985.
- Pourquoi « The Shards » est-il particulier pour Ellis?
- C’est son retour à l’univers de son adolescence privilégiée, mais cette fois en tant que personnage de sa propre histoire.