Le réseau de transport urbain d’Agadir change de main. Après seize ans de gestion, Alsa City Agadir cède progressivement sa place à un nouveau délégataire. La transition s’accélère : un appel d’offres international est lancé, deux entreprises sont candidates, et le basculement est programmé pour décembre 2026. Mais avant cette rupture, la ville doit absorber les tensions : bus en panne, incidents à répétition, réseau vieillissant. Et il y a urgence : la Coupe d’Afrique des Nations approche.
Ce mardi matin, quelque part dans les rues d’Agadir, un bus jaune et bleu se fait caillasser à Tadart Anza. C’est un symptôme, pas une anomalie. Depuis des mois, le mécontentement grandit parmi les usagers et les autorités locales. Les voix demandent une application stricte des obligations contractuelles, une maintenance fiable, un parc rajeuni. Alsa, le gestionnaire espagnol qui tient le service depuis 2010, accumule les critiques. Les pannes se multiplient. Les retards deviennent structurels. Et le silence des autorités pèse.
Un réseau fragmenté sur 24 communes
Le périmètre de gestion du transport urbain à Agadir n’est pas anecdotique. Trente-sept lignes irriguent un territoire qui couvre 24 communes : Agadir bien sûr, mais aussi les villes avoisinantes des provinces de Chtouka Ait Baha et Taroudant. Le linéaire total atteint environ 672 kilomètres, dont 294 kilomètres en urbain et 378 en périurbain [SOURCE 5]. Près de 560 arrêts ponctuent ce maillage. C’est un système complexe, demandeur d’investissement constant et de discipline opérationnelle.
Alsa avait hérité d’un contrat de 15 ans signé en 2010. Cette durée longue était supposée offrir de la stabilité, encourager les investissements lourds. Au lieu de cela, elle a figé une gestion peu contrôlée. Les véhicules ont vieilli. L’entretien n’a pas suivi. Les incidents se sont multipliés. Et quand les autorités locales ont voulu évaluer la situation, elles ont découvert des manquements graves [SOURCE 4].
L’annulation de l’appel d’offres et la prolongation provisoire
Le Groupement des collectivités territoriales du Grand Agadir, l’autorité délégante, a pris une décision drastique en 2025 : elle a annulé la procédure d’appel d’offres n° 5/2025 [SOURCE 3]. Retour à la case départ. La raison n’est pas clairement énoncée dans les documents publics, mais les sources convergent : le processus était défectueux, ou les candidats n’étaient pas à la hauteur.
En attendant une nouvelle procédure, Alsa assure l’intérim opérationnel afin de garantir la continuité du service [SOURCE 3]. C’est un sursis. Le mandat a été prolongé à titre provisoire, sans certitude sur sa durée. Le gestionnaire espagnol reste aux commandes, mais savait qu’il ne resterait pas. Cette position fragile complique tout : recruter des agents, lancer des chantiers, justifier les investissements. Qui investit dans un service dont on sait qu’il sera repris ?
Les défis du transport urbain agadiri à décembre 2026
Supratours et Otasa Group en lice pour la relève
Une nouvelle procédure d’appel d’offres a été lancée avec un objectif ambitieux : sélectionner un nouveau délégataire d’ici juin 2026. Deux poids lourds sont en lice [SOURCE 4]. Supratours, filiale de l’ONCF, représente l’expertise ferroviaire marocaine appliquée aux bus. Otasa Group, société espagnole, apporte son expérience du transport public urbain. Le choix entre ces deux candidats déterminera l’orientation future du réseau : continuité avec l’ONCF ou rupture avec une approche nouvelle.
Le basculement est prévu pour le 16 décembre 2026 [SOURCE 4]. Cela laisse quelques mois pour préparer la transition : formation des équipes, harmonisation des systèmes, validation des standards de qualité. Mais il faut aussi absorber les tensions accumulées pendant les années Alsa. Les usagers attendent des améliorations visibles : des bus neufs, des horaires fiables, une maintenance de qualité.
La CAN 2025 comme catalyseur d’urgence
La tension monte parce que Agadir accueillera plusieurs matchs de la Coupe d’Afrique des Nations en 2025 [SOURCE 4]. C’est un événement majeur, une vitrine internationale. Le transport urbain sera scruté, jugé. Les supporters, les délégations, les touristes attendront un service fiable. Or, le réseau actuel n’inspire pas confiance.
Pour éviter une rupture de service lors de cet événement stratégique, la SDL Grand Agadir Transport et Mobilité Urbaine a lancé un appel d’offres pour la location de bus supplémentaires. Plus de 4,1 millions de dirhams ont été mobilisés pour renforcer temporairement le réseau [SOURCE 4]. C’est un pansement sur une plaie plus profonde, mais c’est aussi un signal : les autorités prennent l’événement au sérieux.
La modernisation par le BHNS : une autre bataille
Au-delà du changement de gestionnaire, Agadir s’engage dans une transformation plus ambitieuse : le projet Amalway, un Bus à haut niveau de service (BHNS) composé de 30 bus de 180 places [SOURCE 3]. Cette première ligne du genre à Agadir est en phase de « marche à blanc » avant une mise en service commerciale prévue après le mois de Ramadan. C’est un équipement lourd, symbole d’une ambition moderniste.
Le marché est scindé en quatre lots distincts. Le dernier lot, de 78 nouveaux bus, est attendu en juin ou juillet 2026 [SOURCE 3]. Ces véhicules neufs vont changer la face du parc roulant. Mais leur arrivée ne signifie rien si la gestion opérationnelle reste défaillante. Le nouveau délégataire héritera d’une flotte rénovée, mais aussi d’attentes considérables : qualité de service irréprochable, maintenance exemplaire, respect des horaires.
Entre les incidents à Tadart Anza, les critiques sur la maintenance, l’annulation de l’appel d’offres, et la pression de la CAN 2025, Agadir ne peut plus se permettre d’attendre. Le changement de gouvernance du transport urbain n’est plus une option, c’est une nécessité. Supratours ou Otasa Group devront prouver, dès décembre 2026, qu’ils peuvent faire mieux que leurs prédécesseurs. Le réseau de 37 lignes et 672 kilomètres regarde vers l’avenir avec une dose d’impatience mêlée d’incertitude.
Agadir : fin d'ère pour Alsa, nouvelle page de transport urbain
- Alsa City Agadir gère le réseau urbain depuis 2010 avec un contrat de 15 ans.
- Le Groupement des collectivités territoriales a annulé l'appel d'offres n° 5/2025 et relancé une nouvelle procédure.
- Deux candidats en lice : Supratours (ONCF) et Otasa Group (groupe espagnol).
- Basculement prévu le 16 décembre 2026 vers le nouveau délégataire.
- Agadir accueillera plusieurs matchs de la CAN 2025, d'où l'urgence d'améliorer le service.
- Le projet Amalway : 30 bus BHNS de 180 places en phase de déploiement.