Steven Spielberg prend position contre l’hégémonie des franchises lors du CinemaCon 2026. Le réalisateur d’E.T. et de Jurassic Park dénonce l’overdose de suites qui menace selon lui l’avenir créatif du cinéma américain.
Face aux professionnels de l’industrie réunis à Las Vegas, le cinéaste de 79 ans a livré un plaidoyer passionné pour le retour aux créations originales. Une prise de parole remarquée dans un contexte où les studios misent massivement sur les valeurs sûres et les univers déjà établis.
Son intervention intervient alors que Marvel et DC Comics dominent le box-office depuis plus d’une décennie, reléguant les œuvres originales au second plan. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 10 plus gros succès de 2025, huit étaient des suites ou des films de super-héros.
Spielberg pointe les risques d’une industrie en mode pilote automatique
Le réalisateur d’Il faut sauver le soldat Ryan n’a pas mâché ses mots devant l’assemblée de distributeurs et d’exploitants. « L’industrie s’enlise dans une logique de reproduction mécanique », a-t-il déclaré selon plusieurs témoins présents dans la salle. Pour lui, cette approche conduit à un appauvrissement créatif qui finira par lasser les spectateurs.
Cette critique vise directement la stratégie des grands studios, qui préfèrent investir dans des propriétés intellectuelles éprouvées plutôt que de prendre des risques sur de nouveaux concepts. Disney, Warner Bros ou Universal alignent désormais leurs calendriers de sortie sur des franchises pré-existantes, laissant peu de place aux projets inédits.
L’ironie de la situation n’échappe pas aux observateurs : Spielberg lui-même a contribué à créer ce modèle avec Jurassic Park, dont le dernier volet Jurassic World Dominion a rapporté plus d’un milliard de dollars en 2022. Le cinéaste assume cette contradiction, estimant qu’il est temps de « corriger le tir » selon ses propres termes.
Les données de Box Office Mojo confirment cette tendance : les films originaux représentaient encore 40 % des recettes du top 20 en 2015, contre seulement 18 % en 2025. Cette érosion inquiète une partie de la profession, qui y voit un risque de standardisation créative.
Une lassitude du public déjà perceptible selon les analyses de marché
Les études d’audience commencent à valider les craintes exprimées par Spielberg. CinemaScore observe depuis trois ans une baisse progressive des notes attribuées par les spectateurs aux blockbusters franchisés. La note moyenne est passée de B+ en 2023 à B- en 2025.
Steven Spielberg pour la défense de l'originalité 🏛️
Lors du CinemaCon, le réalisateur a pris la parole pour défendre l'essence même du septième art : l'originalité…
Pour lui, l'overdose de franchises et de suites risque d'épuiser le public et l'industrie 🎬 pic.twitter.com/OYRsLDB41G— AlloCiné (@allocine) April 20, 2026
Cette fatigue se manifeste également dans les chiffres de fréquentation. Les 18-25 ans, public cible traditionnel des franchises, espacent leurs visites au cinéma. L’enquête annuelle de la Motion Picture Association révèle que cette tranche d’âge ne se déplace plus que 4,2 fois par an en moyenne, contre 6,1 fois en 2020.
« Le public commence à décrocher », confirme Paul Dergarabedian, analyste senior chez Comscore. Les échecs relatifs de certaines productions attendues, comme The Marvels ou Indiana Jones 5, illustrent cette évolution des goûts. Les spectateurs cherchent désormais davantage d’originalité et de surprise.
Face à ce constat, quelques studios tentent de diversifier leur offre. A24 et Neon capitalisent sur cette demande en proposant des films d’auteur à budget modéré, qui trouvent leur public malgré des moyens marketing limités. Le succès d’Everything Everywhere All at Once ou de Parasite démontre l’appétit persistant pour les œuvres singulières.
Les studios Hollywood face à un arbitrage financier délicat
La position de Spielberg met en lumière un dilemme économique majeur pour l’industrie. Les franchises génèrent des revenus prévisibles, essentiels dans un contexte où les coûts de production explosent. Un blockbuster coûte désormais en moyenne 200 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 150 millions de promotion mondiale.
Cette inflation budgétaire pousse mécaniquement les studios vers la sécurité des marques établies. Kevin Feige, président de Marvel Studios, a d’ailleurs défendu cette approche lors d’une récente conférence : « Notre responsabilité est d’abord financière envers nos actionnaires », rappelait-il en février 2026.
Pourtant, certains dirigeants commencent à reconsidérer leur stratégie. Donna Langley, présidente d’Universal Pictures, a récemment annoncé un fonds de 500 millions de dollars dédié aux projets originaux sur cinq ans. Une initiative directement inspirée par les préoccupations exprimées par des cinéastes comme Spielberg.
Le secteur observe également l’émergence de nouvelles plateformes de financement, qui permettent aux réalisateurs de contourner le système traditionnel. Netflix et Apple TV+ investissent massivement dans le contenu original, créant une concurrence qui pourrait contraindre Hollywood à repenser ses modèles.
L’appel de Spielberg résonne ainsi au moment où l’industrie cherche un nouvel équilibre entre rentabilité et créativité. Les prochains mois diront si les studios sauront entendre ce message d’alerte ou s’ils poursuivront leur course aux franchises, au risque de perdre définitivement une part de leur public.