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Le barrage d’Almendra, géant de 202 mètres: réserve à 77 % et centrale réversible clé en Espagne

77 % de remplissage moyen, à l’échelle de l’Espagne péninsulaire, contre 58 % un an plus tôt. Après plusieurs semaines de pluies abondantes, la carte des retenues redevient bleue, selon les derniers chiffres du MITECO (ministère espagnol de la Transition écologique). Dans l’ouest de la Castille-et-Len, près de la frontière portugaise, un ouvrage concentre l’attention par sa taille et sa fonction: le barrage d’Almendra, l’un des plus grands complexes hydroélectriques du pays, dont le mur de béton domine une gorge avec une verticalité qui rappelle une forteresse.

L’intérêt n’est pas seulement esthétique. Almendra combine un stockage d’eau massif, une capacité de production électrique significative et un rôle de régulation des débits vers le bassin du Duero. Dans un système électrique espagnol de plus en plus alimenté par des énergies variables, l’hydroélectricité pilotable et, surtout, le pompage-turbinage prennent une valeur stratégique: produire quand le réseau en a besoin, remonter l’eau quand l’électricité est abondante, et amortir les à-coups.

Les données publiques disponibles ne disent pas tout, notamment sur les arbitrages économiques quotidiens de l’exploitant. Mais les ordres de grandeur suffisent à comprendre pourquoi ce site reste un repère: un mur d’environ 202 mètres de haut, un réservoir pouvant stocker près de 2 650 hm (hectomètres cubes) d’eau et une centrale souterraine alimentée par un long transfert gravitaire. L’ensemble fonctionne comme une batterie hydraulique à l’échelle d’un territoire.

Cette remontée des niveaux intervient après plusieurs campagnes marquées par des tensions hydriques. Le rebond actuel ne règle pas, à lui seul, la question structurelle de la variabilité des précipitations sur la péninsule Ibérique. Il redonne en revanche de la marge de manuvre, à court terme, pour la gestion de l’eau et pour l’équilibre du réseau électrique, au moment où l’Espagne accélère sur le solaire et l’éolien.

Les réservoirs à 77 % selon le MITECO, Almendra proche du niveau maximal

Les chiffres du MITECO situent le remplissage des réservoirs péninsulaires autour de 77 % de leur capacité totale, contre environ 58 % à la même période l’an dernier. L’écart est massif: il traduit une amélioration conjoncturelle, portée par des épisodes pluvieux prolongés. Cette hausse des volumes stockés a un effet immédiat sur la sécurité d’approvisionnement en eau, mais aussi sur la capacité des opérateurs à mobiliser l’hydroélectricité en période de tension sur le réseau.

Dans cette photographie nationale, le complexe d’Almendra, situé à l’ouest de la Castille-et-Len et non loin du Portugal, ressort par sa taille. Lorsque la retenue s’approche du niveau maximal, l’impression visuelle est spectaculaire: l’eau affleure au pied d’un mur en arc qui surplombe une gorge, et la hauteur de l’ouvrage impose une échelle inhabituelle pour l’Europe occidentale. La comparaison avec une forteresse médiévale relève de l’image, mais elle dit quelque chose de la place qu’occupe encore le grand béton dans l’imaginaire énergétique.

Le retour à des niveaux élevés n’est pas un simple bon signal. Il oblige aussi à une gestion fine: une retenue très remplie réduit la marge de stockage disponible si de nouvelles pluies surviennent, et impose d’anticiper les débits sortants pour limiter les risques en aval. Dans les bassins ibériques, la gestion des crues et celle de la ressource en eau se superposent: stocker pour l’été, mais laisser de l’espace pour amortir un épisode intense.

Almendra joue précisément sur ces deux tableaux. Le réservoir, par sa taille, peut contribuer à lisser des variations hydrologiques sur le cours inférieur du Tormes et vers le Duero. Mais le pilotage ne dépend pas uniquement de la météo: il dépend aussi des besoins du système électrique, de la disponibilité d’autres moyens de production et des contraintes environnementales. Les chiffres nationaux donnent le cadre, mais l’exploitation se fait heure par heure.

La hausse à 77 % ne doit pas être surinterprétée comme un retour durable à l’abondance. Elle souligne plutôt l’amplitude des cycles récents: une année à 58 %, une autre à 77 %. Pour les gestionnaires, cette volatilité renforce l’intérêt des infrastructures capables de stocker l’eau et d’offrir une flexibilité électrique, ce que le pompage-turbinage apporte mieux que la plupart des autres technologies.

Un mur en arc de 202 mètres et 2 650 hm: l’une des plus grandes retenues d’Espagne

Le barrage d’Almendra a été construit dans les années 1960 sur le cours inférieur du Tormes, un affluent majeur du Duero. Son mur, de type voûte, s’élève à environ 202 mètres au-dessus de la gorge. Ce choix d’architecture, un arc en béton reportant les efforts sur les rives, permet d’atteindre de grandes hauteurs dans des vallées encaissées, à condition de disposer d’appuis rocheux solides.

La retenue associée peut stocker près de 2 650 hm d’eau, ce qui en fait la troisième plus grande capacité du pays, selon les chiffres couramment cités sur ce complexe. À cette échelle, les unités prennent tout leur sens: un hectomètre cube représente un million de mètres cubes. L’ordre de grandeur se compte donc en milliards de mètres cubes, ce qui suffit à comprendre pourquoi un seul bassin peut peser dans l’équilibre hydrique régional et dans la production hydroélectrique nationale.

Cette masse d’eau rend plusieurs services. Le premier est la production d’électricité, directement ou via transfert vers une centrale. Le second est la régulation: en retenant une partie des apports lors des épisodes pluvieux, le réservoir peut atténuer les pics de débit en aval. Cette fonction de tampon ne supprime pas le risque de crue, mais elle peut réduire la brutalité des variations, à condition de disposer d’une marge de stockage au bon moment.

Le troisième service, plus discret, est la valeur de réserve. Dans un pays où les étés sont longs et où les épisodes de sécheresse peuvent s’étaler, le stockage d’hiver et de printemps conditionne la gestion estivale. Les usages se concurrencent: énergie, irrigation, eau potable, exigences écologiques. Almendra, par sa taille, n’échappe pas à ces arbitrages, même si le complexe est d’abord pensé comme un actif énergétique.

Enfin, la monumentalité de l’ouvrage rappelle un fait industriel: ces barrages sont les produits d’une période où l’Europe investissait massivement dans l’hydroélectricité. Ils constituent aujourd’hui un patrimoine technique, mais aussi une responsabilité, avec des exigences de maintenance, de surveillance et de sûreté. La question n’est pas seulement de construire, mais de tenir dans le temps, dans un contexte climatique moins prévisible qu’au moment de la conception.

Un tunnel de 15 km vers Villarino et 6 turbines réversibles: la logique du pompage-turbinage

Almendra n’est pas qu’un mur retenant de l’eau. Le dispositif comprend un transfert: l’eau parcourt environ 15 kilomètres dans un tunnel creusé dans la roche pour alimenter la centrale souterraine de Villarino. Ce choix, une centrale enterrée reliée par galerie, répond à des contraintes topographiques et à une recherche de performance hydraulique: exploiter une chute et des débits importants, tout en limitant l’empreinte en surface.

Le cur du système repose sur six turbines réversibles. Dans un sens, elles turbinent: l’eau descend, entraîne la machine et produit de l’électricité. Dans l’autre, elles pompent: elles consomment de l’électricité pour remonter l’eau vers la retenue, reconstituant la réserve énergétique potentielle. C’est la définition d’une station de transfert d’énergie par pompage, un outil de flexibilité qui prend de la valeur quand la production solaire et éolienne varie fortement au fil des heures.

Les chiffres communiqués sur le débit illustrent l’échelle: à pleine puissance, les turbines peuvent déplacer environ 232 000 litres par seconde. Converti, cela représente 232 mètres cubes par seconde, l’équivalent d’un cours d’eau de taille significative, capable d’être poussé vers le haut quand le système passe en mode pompage. Cette capacité n’est pas utilisée en continu: elle sert à répondre à des signaux du réseau, à des prix de marché et à des besoins de réglage.

Techniquement, le pompage-turbinage n’est pas un stockage parfait: il y a des pertes, liées aux rendements hydrauliques et électriques. Mais il offre une puissance disponible très rapidement et une endurance que les batteries électrochimiques atteignent plus difficilement à grande échelle, surtout pour des durées longues. Dans une journée typique, le pompage peut se faire quand l’électricité est abondante, par exemple en milieu de journée avec un fort solaire, puis la production se déclenche en soirée, quand la demande remonte.

Ce mécanisme a aussi un effet sur la facture électrique, même s’il est indirect. Quand un parc de pompage-turbinage est disponible, il peut contribuer à limiter les pics de prix en injectant de l’électricité au moment où elle est la plus chère, et à absorber des excédents quand elle est la moins chère. Le bénéfice n’est pas automatique: il dépend des règles de marché, des contraintes hydrologiques et des coûts d’exploitation. Mais la logique est claire: convertir une ressource hydrique en outil d’équilibrage, au-delà de la simple production annuelle d’énergie.

Hydroélectricité et gestion des crues sur le Tormes et le Duero: un rôle double sous pression climatique

Le complexe d’Almendra se situe dans un système fluvial où la gestion des débits est structurante. Le Tormes alimente le Duero, l’un des grands bassins de la péninsule Ibérique, partagé avec le Portugal. Dans ce contexte, la retenue n’est pas seulement un réservoir énergétique: elle participe à l’ordonnancement des volumes d’eau sur une séquence saisonnière longue, avec des conséquences en aval.

Le rôle de régulation des crues est souvent présenté comme une vertu des grands barrages. La réalité est plus conditionnelle: pour amortir une crue, il faut disposer de capacité libre au moment où l’épisode survient. Après plusieurs semaines de pluie, une retenue proche du maximum offre moins de marge. La gestion devient un exercice de prévision: anticiper les apports, ajuster les lâchers, coordonner avec d’autres ouvrages du bassin et respecter les contraintes de sûreté. Dans les périodes de remplissage rapide, la priorité est de conserver des niveaux compatibles avec la sécurité de l’ouvrage.

À l’inverse, pendant les périodes sèches, l’arbitrage se déplace. L’eau stockée devient une ressource disputée, et l’hydroélectricité peut entrer en concurrence avec d’autres usages. Les autorités de bassin, les exploitants et les collectivités doivent alors composer avec des règles de débit réservé, des objectifs environnementaux et des besoins socio-économiques. Les épisodes récents de stress hydrique en Espagne ont rendu ces conflits plus visibles, y compris dans le débat public.

Sur le plan électrique, l’intérêt d’Almendra et de Villarino tient à la flexibilité, pas seulement aux mégawattheures produits sur l’année. L’Espagne a fortement développé le solaire photovoltaïque, avec des profils de production concentrés en journée. Quand le soleil baisse, la demande du soir augmente souvent, et le réseau a besoin de moyens pilotables. Les stations de pompage-turbinage répondent à ce besoin, à condition que la ressource hydrique et les contraintes d’exploitation le permettent.

Le changement climatique complique l’équation. Il ne signifie pas une baisse uniforme des pluies, mais une plus grande irrégularité, avec des épisodes intenses et des périodes sèches plus longues. Dans ce cadre, les grandes retenues peuvent offrir une forme d’assurance, mais elles sont aussi exposées aux extrêmes: remplissages rapides, sédimentation, tensions écologiques, débats sur l’acceptabilité. Almendra incarne cette ambivalence: un atout industriel majeur, et un objet de gestion plus délicat à mesure que l’hydrologie devient moins stable.

Les chiffres du MITECO à 77 % donnent une photographie rassurante pour l’instant. La question opérationnelle, pour les prochains mois, sera de transformer ce regain en sécurité hydrique et en flexibilité électrique, sans perdre de vue la contrainte la plus simple: une retenue n’est utile que si elle est gérée avec de la marge, de la prévision et une discipline de long terme.

Questions fréquentes

Quelle est la capacité de stockage du réservoir d’Almendra ?
Le réservoir associé au barrage d’Almendra peut stocker environ 2 650 hm³ d’eau, ce qui le place parmi les plus grandes retenues d’Espagne.
Pourquoi parle-t-on d’une centrale réversible à Villarino ?
La centrale de Villarino utilise des turbines réversibles capables de produire de l’électricité en turbinant, ou de remonter l’eau par pompage quand l’électricité est disponible sur le réseau.
Quel est le niveau moyen actuel des réservoirs en Espagne selon le MITECO ?
D’après les chiffres récents du MITECO, les réservoirs de l’Espagne péninsulaire sont proches de 77 % de leur capacité, contre environ 58 % à la même période l’an dernier.

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