La Fondation Louis Vuitton à Paris expose pour la première fois l’ensemble de la collection de Gustave Fayet, vigneron de Béziers devenu l’un des plus grands mécènes de la peinture française au tournant du XIXe et du XXe siècles. Cette rétrospective rassemble plusieurs centaines d’œuvres, dont environ deux cents tableaux de Gauguin, et révèle un collectionneur resté longtemps oublié malgré l’importance de son rôle auprès des avant-gardes parisiennes.
Gustave Fayet a constitué une collection de près d’un millier d’œuvres. Spécialiste de l’art moderne, Sylvie Patry souligne le contraste entre l’obscurité où est tombé ce nom et la qualité de ce qu’il a amassé: des peintures de Gauguin, Van Gogh, Redon, Cézanne, Degas, Toulouse-Lautrec, Renoir, Matisse. Pendant longtemps, personne ne savait que Fayet avait possédé cinquante œuvres de Bonnard – une découverte faite au cours de la préparation de cette exposition.
Un homme d’affaires attiré par la couleur et le symbolisme
Le personnage intrigue: businessman pragmatique engagé dans le négoce du vin à Béziers, Fayet s’est aussi essayé à la peinture et à la céramique, domaines où il a cherché l’excellence. Son intérêt pour la céramique l’a poussé à travailler avec un artisan bézilien; ses créations ont ensuite été commercialisées par la galerie de Siegfried Bing, l’un des diffuseurs majeurs de l’art moderne à l’époque. Cette diversité de talents et cette capacité à viser l’excellence dès qu’il s’engageait dans une discipline surprennent Sylvie Patry.
À mesure qu’il acquiert ses tableaux, un fil conducteur émerge: la prédilection pour les artistes de la couleur, pour ceux qui s’écartaient du naturalisme. Van Gogh, Gauguin, Matisse, Signac partageaient ce langage de la chromie et de la rupture avec l’imitation du réel. Cette cohérence autour de la couleur, du symbolisme et d’une certaine spiritualité caractérise le regard du collectionneur – ce qui contraste avec son profil d’homme d’affaires empirique.
Trois années de recherche et des archives précieuses
La reconstitution de cette collection a pris environ trois ans. Les chercheurs ont d’abord dû mieux connaître l’ensemble des acquisitions de Fayet – un travail qui continue d’ailleurs. Nombre d’œuvres étaient disséminées dans des musées ou des collections privées. Localiser des pièces restait une tâche considérable, d’autant que certaines étaient passées entre les mains de Fayet sans que cette appartenance soit documentée.
L’accès aux archives familiales a transformé cette enquête. Les chercheurs ont découvert environ cent carnets tenus par Fayet entre 1900 et septembre 1925, date de sa mort. Fayet y notait ses rendez-vous, ses achats, l’heure d’un train – et crucialmente, il y consignait des esquisses d’accrochage, autrement dit des croquis montrant comment il disposait ses acquisitions. Ces esquisses ont servi de clés pour identifier certaines œuvres et confirmer d’autres attributions.
Une vitrine du collectionneurisme français
L’exposition s’inscrit dans une série d’autres grandes rétrospectives consacrées à des mécènes majeurs: celle du Russe Sergueï Chtchoukine, des frères Morozov, et du Britannique Samuel Courtauld. Fayet en incarne le volet français longtemps absent, révélant comment, à Paris en tant que capitale artistique mondiale, les grands collectionneurs jouaient un rôle de première légitimation pour les artistes en rupture. Ils ne se contentaient pas d’acheter: ils offraient une validation sociale et, concrètement, les moyens économiques de survivre et de créer. Cette fonction s’était avérée essentielle pour générations d’artistes depuis les impressionnistes, qui se construisaient précisément par la rupture avec l’académisme.
Le parcours muséographique a été conçu par Robert Carsen. Cette exposition marque, selon l’expression de Sylvie Patry, la révélation d’une figure majeure longtemps effacée de la mémoire culturelle française.
À retenir
- La Fondation Louis Vuitton réunit pour la première fois plusieurs centaines d'œuvres de la collection Gustave Fayet.
- Gustave Fayet était vigneron à Béziers, peintre, céramiste et collectionneur au tournant du XIXe-XXe siècle.
- Fayet a possédé environ mille œuvres et fut le plus important collectionneur de Gauguin autour de 1900 avec près de deux cents tableaux.
- L' exposition présente des œuvres de Van Gogh, Gauguin, Redon, Cézanne, Degas, Toulouse-Lautrec, Renoir et Matisse provenant de sa collection.
Questions fréquentes
- Qui était Gustave Fayet?
- Gustave Fayet était un vigneron de Béziers, peintre et céramiste à ses heures, devenu un collectionneur magistral au tournant du XIXe au XXe siècles avant d’être oublié.
- Combien d'œuvres Gustave Fayet a-t-il possédées?
- Gustave Fayet a eu entre les mains environ mille œuvres.
- Quel artiste Gustave Fayet a-t-il collecté en priorité?
- Fayet a été le plus important collectionneur de Gauguin autour de 1900, ayant possédé près de deux cents tableaux.
- Où est réunie pour la première fois la collection de Gustave Fayet?
- La Fondation Louis Vuitton, à Paris, accueille une exposition avec la réunion, pour la première fois, de plusieurs centaines d’œuvres ayant appartenu à Gustave Fayet.