Incendie en Australie : Pourquoi n’envoie t-on pas plus de renforts ? »

Vous êtes nombreux à poser la question du « Pourquoi n envoie t-on pas de renforts en Australie . » De nombreux paramètres entrent en ligne de compte, surtout la distance et les délais de trajet. Voici une analyse du Commandant Persoglio, rapportée par Infos Pompiers du Var. 

« Des incendies gigantesques, ayant, à l’heure actuelle, parcouru plus de 6 millions d’hectares sont actuellement en cours en Australie. 

On lit beaucoup de choses sur des renforts à destination de ce pays.
J’ai eu l’occasion, dans ma carrière, de participer à une équipe pluri-disciplinaire engagée en Malaisie pour aider et conseiller le gouvernement lors des incendies de 1997 qui ont dévasté plus de 4 millions d’hectares en Indonésie et en Malaisie. J’ai passé 1 mois à Kuala-Lumpur à cette occasion. J’ai donc eu à analyser les problématiques de ces sinistres gigantesques.

On ne peut pas comparer les situations que nous avons vécue en France, même en 2003 dans le Var, même en 1989 – 1990, même en 1970 et même en 1949 dans les Landes de Gascogne (région du sud-ouest parcourue par des incendie ayant totalisé approximativement 80.000 Ha.).

La dimension des sinistres actuels en Australie, ne peut être comparée à rien de ce que nous avons vécu dans le temps. La surface parcourue représente 2 fois le territoire de la Belgique et plus que la Confédération Suisse.
Et ils sont disséminés sur une bonne partie du territoire … Il faut que chacun se souvienne que l’Australie est un continent à lui tout seul … C’est une île continent … Il y a 4 fuseaux horaires entre chaque côte ; en comparaison, on a que 3 fuseaux horaires d’ici à Moscou.

Je lis beaucoup de commentaires concernant l’absence de renforts internationaux et plus particulièrement d’Europe et de France.

Alors il faut savoir que pour aller en bateau dans cette zone c’est entre 25 et 30 jours de mer pour emmener des moyens terrestres de lutte sur place. Je lis aussi qu’on peut engager des Avions Bombardiers d’Eau … comme les DASH. Là aussi, ça part d’un bon sentiment … Mais comment les emmène-t-on sur place ?? Ils n’ont pas la capacité de vol entre la Réunion (par exemple) et un aéroport australien … On doit donc les emmener par bateau … Et pour info nous avons déjà un DASH à la Réunion pour la saison d’été dans ce Département ultramarin.

Ensuite, dans nos organisations opérationnelles, on s’appuie sur des infrastructures : des routes, des pistes, des points d’eau, des réseaux radio, etc. 
Il faut bien penser qu’en Australie, les distances sont … incomparables avec ce qu’on connait !! Les réseaux d’hydrants ne sont pas ceux que nous connaissons … Il est possible que les engins doivent aller faire le plein d’eau à des distances énormes : le feu est à Toulon et l’hydrant ou le point d’eau le plus proche est à Arles, ou à Nîmes … Les zones habitées étant très restreintes elles sont seule équipées de réseaux d’eau. Mais le feu ne connait pas de limites !

Pour donner des chiffres, si on regarde le service incendie de la Nouvelle Galles du Sud (NSW, l’état de Sydney pour ceux qui ne connaissent pas trop ce pays …) on a 6800 pompiers, armant plus de 500 véhicules d’intervention dans 335 casernes, pour une surface de l’état de 809.000 km².

Je n’aborderai pas le fait que les renforts seraient engagés pour une période de 3 semaines à un mois au minimum. Actuellement les pompiers locaux se contentent d’essayer de protéger les vies humaines et les biens … Il n’y a pas de texte sur le débroussaillement.
Ce sont des feux de brousse, rapides (végétation divisée) et puissants végétation dense) ; les arbres sont majoritairement des eucalyptus, qui sont des bombes incendiaires, bien pire que les pins provençaux car pleines d’essences volatiles.

Je suis bien d’accord que ces incendies sont un drame pour les humains, mais aussi pour la faune et pour la flore. Mais je ne pense pas que les humains aient les moyens de les combattre en vue de les stopper. On ne pourra faire que des actions de guérilla pour protéger au mieux les points sensibles.

Je ne suis pas expert dans le domaine de l’évolution du climat. Mais si effectivement cette situation est due au changements climatiques, c’est sur cet aspect qu’il faudra agir … Si des feux de cette ampleur se déclarent, on assistera, comme dans le cas qui nous intéresse, à des « impossibles opérationnels ».

Et on se focalise sur l’Australie … et ses 6 millions d’hectares parcourus, mais je vous rappelle que 15 millions d’hectares ont brulé en Sibérie cet été … et je n’ai rien vu sur les réseaux sociaux ..

Ne prenez pas mon post pour une volonté de « non intervention » ou de « non assistance » ou encore pour justifier le fait que nous « ne fassions rien ». J’essaie juste de donner des éléments factuels pour expliquer que nous ne pouvons pas faire grand chose lorsque la situation est arrivée à ce point et dans un territoire si loin de la métropole.

Et je voudrais avoir une pensée pour nos collègues de Nouvelle-Calédonie, Territoire d’Outre-Mer de la République, qui se trouve relativement proche de l’Australie et qui subit aussi des incendies d’ampleur. »

Un commentaire
  1. Excellente analyse d’un homme de terrain. où l’on note  » Il n’y a pas de texte sur le débroussaillement. » Et on voit que les arbres et forêts sont proche des habitations souvent construites en matériaux légers.
    Pour lutter contre le changement climatique il va falloir penser à entretenir les collines comme viennent de la faire les mairies de Six fours et de Sanary. Aussi prévoir des retenues collinaires pour stocker l’eau des pluies certaines fois trop abondantes et perdues
    Maintenant il faut avoir des pensées pour ces Australiens, sibériens et autres.

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