Germaine Besset raconte la Seconde Guerre Mondiale : « J’ai fait partie de l’armée de l’ombre »

Lorsque la guerre éclate et quand une partie de la France est prise, elle a une vingtaine d’années, un enfant en bas âge et son mari est envoyé par-delà les frontières de l’hexagone pour combattre. À sa manière, action par action, elle entre dans la Résistance. Un jour, elle ira jusqu’à dissimuler dans le landau de son petit garçon des explosifs pour les trains. Lyonnaise, elle était de passage à la Seyne-sur-Mer. 

« J’ai fait partie de l’armée de l’ombre ».

Germaine Besset est élégante et quelque peu troublée lorsqu’elle s’installe face aux résidents de l’HEPAD Korian Le Cap Sicié. Elle commence : « J’ai eu l’honneur, elle marque une pause et lève les yeux au ciel, l’honneur et le très grand bonheur de faire partie de l’armée de l’ombre. Et bon nombre de combattants ne s’en sont pas sortis. Mais il fallait défendre notre belle France, celle que tout le monde nous envie ». Comme si les images se mêlaient dans son esprit, elle reprend : « Nous ne voulions pas laisser que des ombres derrière nous. Le mot Liberté ne doit jamais être galvaudé« .

« On m’a dit d’être délicate, je ne savais pas que c’étaient des explosifs ».

Elle se trouble. L’émotion se partage, et les résidents sont happés par leurs propres souvenirs. Elle continue : « Je n’avais pas de nom de code vous savez, et je ne faisais partie d’aucun réseau qui en avait un. Parce que nous n’avions pas le temps pour ça. Quand il fallait agir on le faisait. Et on ne posait pas de question. Un jour on m’a dit pouvez-vous transporter ça ? Je ne savais pas ce que c’était, on ma simplement dit d’être délicate. Alors j’ai déposé le colis dans le landau de mon fils et je suis passée devant les officiers. Je savais que c’était dangereux. Mais j’ai été surprise quand j’ai compris qu’il s’agissait de plusieurs explosifs destinés à faire sauter les trains. »

« Il fallait éviter à tout prix que toute la France ne soit prise ».

« Notre but, c’était de retarder au maximum la progression des troupes allemandes. De faire en sorte qu’un morceau de la France reste libre. Ainsi, nous assurions une marge de manoeuvre à l’armée de De Gaulle ».

« Avec le recul, maintenant,  je sais que ces explosifs ont permis de faire sauter des trains de marchandises mais également des trains avec des allemands dedans. À l’époque, on ne pensait pas à la casse, l’important, c’était seulement que ça saute. Est-ce que j’ai agi honnêtement ? Je ne sais pas. Mais il fallait agir, je crois que je ne regrette rien. Non comme la chanson, vraiment, je ne regrette rien. Il fallait éviter à tout prix que toute la France ne soit prise. »

 

« Lorsqu’on est enfant pendant la guerre, on pense à un jeu ».

Germaine demande un instant. L’émotion est trop grande, les souvenirs se mélangent. Une personne dans l’assistance souhaite prendre la parole : « Je me souviens d’un jeu. C’est difficile à expliquer. Mais à l’époque j’étais une enfant et mon grand père était aussi dans la Résistance. Je ne comprenais pas les choses. Ces affaires de grandes personnes, vous savez … Mais je me souviens de l’impression d’un jeu contre les Allemands. Et je savais simplement qu’il ne fallait pas perdre. Un jeu qui électrise et qui fait mal au ventre. »  

« Le canon de l’arme posé sur mon ventre, j’ai seulement pu dire : « Bébé » ».

Elle reprend et termine : « Un jour, nous avons récupéré des prisonniers après un sabotage de train. Cinq hommes que nous avons ramené chez nous avec mes beaux parents. Quelques jours après, des soldats allemands sont entrés pour fouiller les lieux. Et pendant qu’ils inspectaient la chambre, par la fenêtre, j’ai deviné les ombres de ceux que nous protégions. Je me suis hissée contre la vitre pour qu’ils ne voient pas la même chose. Mon geste a semblé suspect, et l’un d’entre eux a posé le canon de son arme contre mon ventre. Je n’ai pu répéter que plusieurs fois le mot « bébé« . Quelques jours après, nous avons reçu une carte postale qui venait de l’autre coté de la frontière. Elle disait : « Merci pour tout, les cinq colis viennent d’être livrés« . Ils étaient arrivés à bon port ».

Et après ?

Dans l’assistance une femme se lève. Elle demande : « Et alors ? Et après ? Votre avis sur les allemands maintenant ? » Germaine prend une inspiration et répond dans un rire presque léger : « Mais la plupart des allemands n’avaient pas envie d’être là. Pas plus que nous. Alors une fois la paix signé, et bien c’est la vie qui reprend. Voila tout ».

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