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vendredi 2 décembre 2022

(Dossier) Les pigeons, des alliés à travers les siècles

Au premier siècle après Jesus-Christ, Pline l’Ancien écrivait dans son oeuvre magistrale, l’Histoire naturelle : « À quoi servent les remparts et les sentinelles et le blocus, quand on peut faire parvenir des nouvelles à travers l’espace. » Trois millénaires avant ce constat, les égyptiens utilisés les pigeons pour annoncer leur arrivée au port plusieurs jours à l’avance. Les grecs utilisaient ces derniers pour communiquer les résultats des Jeux Olympiques ! En 732, Charles Martel annonça même sa victoire de Poitiers sur les Sarrasins de cette manière.

De l’autre part de la Méditerranée et même jusque du coté de la mer rouge, dans le monde arabo-musulman, l’animal est intouchable. Il est cité dans le Coran pour avoir aidé le prophète Mohammed et son fidèle compagnon Abu Bakr à fuir une armée de guerriers fanatisés.

Mais alors pourquoi ce désamour contemporain ?

Après la Révolution Française, les privilèges des nobles tombent et les paysans peuvent avoir eux aussi leurs propres pigeons. Ils entrent ainsi dans les foyers en nombre. Pendant la première guerre mondiale, 300 000 pigeons participent à l’effort de guerre dont Vaillant, qui sera cité à l’Ordre de la Nation pour avoir accompli sa mission, en pleine bataille de Verdun, au péril de sa vie. Mais voilà. Lorsqu’ils n’ont plus d’utilité public, ils pullulent et bientôt les pouvoirs publics décrètent qu’ils sont nuisibles. On essaie d’en exterminer un grand nombre mais les populations se rebellent. Les pouvoir publics relatent qu’ils causent des maladies, la rumeur prend, le pigeon est désavoué.

« Les pigeons sont des compagnons fidèles »

Jean-Pierre Bourgon était un jeune enfant lorsqu’il a rencontré pour la première fois un colombophile qui lui a transmis « la passion d’une vie ».

Il résidait alors à Lille et le père de son copain n’avait de cesse de faire les cent pas dans le jardin. « Croyez-le ou non mais il avait lâché son pigeon à Marseille quelques jours auparavant et avait calculé que l’animal arriverait dans l’après-midi. Quelques minutes plus loin, une tâche apparaissait dans le ciel. Il avait traversé la France sans faillir, j’étais complètement subjugué. » Depuis Jean-Pierre a fait du chemin.

Dans son jardin, l’homme possède une bonne centaine de volatiles, quasiment tous sont en liberté, sauf les souffrants qui bénéficient de soins ou les espèces façonnées par la main de l’homme qui ne peuvent plus voler et donc échapper aux prédateurs comme les « Pigeons de Chair » qui font la taille d’une poule. « Il y a plus de 450 espèces de pigeons à présent. Les hommes ont fait des croisements en fonction des besoins. Les plus gros ont souvent servi de repas. » 

Quant-à ceux qui sont en liberté, aucune crainte de fuite. « Ce sont des compagnons fidèles. Certains sont là pour la nourriture, d’autres parce qu’ils sont en couple et restent avec leur moitié et certains ne quittent pas les lieux par affection. La dernière fois que je suis parti en vacances, j’ai dû revenir de toute urgence car ma chouchou se laissait mourir. Résultat, elle a fait une semaine de cure avec moi. »

Si Jean-Pierre a un quotidien chargé avec ses animaux, ces derniers l’assistent également dans sa vie professionnelle. Il fait des événements publics avec, comme par exemple des mariages. « Lorsque les pigeons sortent du nid pour la première fois, ils enregistrent les données de leur lieu de naissance comme on le ferait avec un GPS. Donc si l’endroit les satisfait, ils reviendront toujours. Il m’arrive de faire des mariages, de laisser s’échapper une cinquantaine d’oiseaux dans le ciel et de rentrer chez moi avec mes cages vides. Et ils m’attendent dans le jardin, perchés sur une branche. Ils sont libres de me quitter mais ne le font pas. » 

Et si le colombophile prend le temps de la discussion à chaque nouvelle rencontre, c’est qu’il rêve de faire changer le regard que porte les gens sur ces volatiles. « On les accuse à tord de tous les maux. Ces animaux ont servi à toutes les grandes civilisations. Ils étaient même vénérés au temps des pharaons. Et puis dans les années 60, les autorités ont décidé qu’il y en avait trop. On a mis en place des grandes campagnes pour les éradiquer. Les villageois se sont rebellés, alors on a fait courir le bruit qu’ils étaient sales, et porteurs de maladies. La rumeur s’est répandue et aujourd’hui encore on craint ces oiseaux injustement. » 

Pour contacter Jean-Pierre Bourgon pour un événement ou un renseignement, envoyez un mail à les-colombes-du-soleil@orange.fr

 

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