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Céline Dion à Paris : la fiscalité des concerts siphonne les aides aux artistes émergents

Pendant que Céline Dion lance sa série de 26 concerts à Paris, l’industrie musicale dénonce un système fiscal qui siphonne les recettes record générées par ces spectacles. Le secteur reclame l’abolition du plafond limitant les aides aux artistes émergents, au moment même où les recettes de billetterie explosent.

Les concerts de la chanteuse québécoise incarnent un paradoxe de la filière musicale française. Leur succès commercial devrait bénéficier à l’écosystème des concerts en direct, mais au lieu de cela, une part croissante des taxes générées s’échappe vers le budget général de l’État, fragilisant le système de soutien aux artistes moins établis.

Un prélèvement qui s’envole, des aides qui diminuent

Chaque billet de spectacle en France est assorti d’une taxe de 3,5 % versée au Centre national de la musique (CNM). En théorie, cet argent finance l’industrie: 60 % retournent aux producteurs de concerts pour les encourager à prendre des risques artistiques, 40 % alimentent des aides sélectives destinées à soutenir l’émergence d’artistes, la diversité musicale, l’export ou l’adaptation technologique du secteur.

Mais un mécanisme fiscal plafonne ces ressources. Quand les recettes dépassent un certain seuil, l’État capture automatiquement le surplus pour combler son déficit budgétaire. Cette année, le plafond a été établi à 58 millions d’euros, mais les projections tablent sur un dépassement d’environ 14 millions, dont 4 millions émanant uniquement des concerts de Céline Dion à Paris.

À mesure que les recettes de billetterie augmentent, le CNM doit reverser une part croissante aux producteurs pour respecter la clé de répartition, réduisant l’enveloppe disponible pour les aides au secteur. Un rapport du Sénat publié en juillet envisage un scénario où le CNM ne pourrait plus verser aucune aide sélective.

L’industrie réclame un alignement sur le cinéma

Les représentants du secteur musical font bloc autour d’une demande: supprimer ce plafon. À l’approche du projet de loi de finances attendu début octobre au Parlement, Aurélie Hannedouche, directrice du Syndicat des musiques actuelles, formule le reproche: « Rien ne justifie que la filière musicale contribue davantage que les autres secteurs économiques à l’équilibre des finances publiques. »

Malika Seguineau, directrice générale d’Ekhoscènes (organisation réunissant producteurs, diffuseurs et organisateurs de festivals), dénonce une détournement de cet outil: « Ce système marchait très bien, avec une mutualisation pour aider les plus fragiles », rappelle Fabrice Roux, président de La Scène indépendante. Ces aides permettent aux festivals en difficulté d’adapter leurs modèles économiques, notamment face aux défis du changement climatique.

Les professionnels regardent avec envie vers le Centre national du cinéma et de l’image animée, dont les taxes affectées ne sont pas plafonnées, finançant durablement l’exception culturelle française. Ils demandent le même traitement pour la musique.

Le ministère défend l'encadrement fiscal
Le ministère défend l' encadrement fiscal

Le ministère défend l’encadrement fiscal

Le ministère de l’Économie et des Finances justifie ce plafonnement par un objectif de maîtrise budgétaire: il empêcherait les ressources du CNM de devenir supérieures aux besoins identifiés. Cette logique ne convainc pas les acteurs du secteur, convaincus qu’elle sabote l’émergence des futurs artistes. Fabrice Roux avertit: « En faisant ça, on tue l’émergence, on va fragiliser beaucoup d’acteurs… Les plus gros, eux, s’en sortiront toujours. »

Les concerts explosent: les chiffres d’affaires des billetteries ont bondi de 60 % entre 2019 et 2024. C’est le succès de l’industrie du live qui crée paradoxalement le problème: plus les recettes grossissent, plus l’État en capture une part via ce plafonnement, réduisant les ressources destinées à construire les succès de demain.

À retenir

  • Les concerts de Céline Dion à Paris généreraient environ 4 millions d' euros de taxes de billetterie.
  • Le chiffre d' affaires des billetteries a augmenté de 60% entre 2019 et 2024.
  • Une taxe de 3,5% prélevée sur chaque place de spectacle est plafonnée par l'État à 58 millions d' euros.
  • Le surplus de taxe au-delà du plafond est capté par Bercy, soit environ 6 millions en 2024.
  • Les professionnels de la musique demandent l' abolition du plafonnement avant le projet de loi de finances.

Questions fréquentes

Combien de taxes de billetterie les concerts de Céline Dion à Paris devraient-ils générer?
Les concerts de Céline Dion doivent générer environ 4 millions d’euros de taxes de billetterie.
Quel est le taux de prélèvement appliqué sur chaque place de spectacle?
L’État prélève 3,5% sur chaque place de spectacle.
Quel est le plafond de la taxe sur la billetterie établi par l'État?
Le plafond est établi à 58 millions d’euros. Au-dessus de ce seuil, le surplus est automatiquement capté par Bercy.
De combien le chiffre d' affaires sur les billetteries a-t-il augmenté entre 2019 et 2024?
Le chiffre d’affaires sur les billetteries a globalement bondi de 60% de 2019 à 2024.
Qu'était à l' origine la vocation de la taxe sur la billetterie selon les professionnels?
C’est un système ‘qui marchait très bien, avec une mutualisation pour aider les plus fragiles’ dans le secteur musical.
Clémence Dubeau
Clémence Dubeau
Parisienne d'adoption passée par Marseille et Bordeaux, Clémence couvre la culture, les sorties et les événements qui animent les grandes villes françaises. Expos, festivals, ouvertures de lieux, scène gastronomique elle repère ce qui fait vibrer chaque métropole avant tout le monde. Ancienne chroniqueuse radio, elle écrit comme elle parle : avec rythme et sans détour.

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