N’Djaména envisage de créer sa première société nationale de transport urbain depuis plus de cinquante ans. Le Tchad a sollicité l’appui de la Chine pour réaliser les études de faisabilité de ce projet, discuté le 12 août 2026 entre la ministre des Transports tchadienne et l’ambassadeur chinois.
Un bureau du ministère des Transports de N’Djaména, le 12 août 2026. La ministre Fatima Goukouni Weddeye et l’ambassadeur de Chine Wang Xining se penchent sur une ambition que la capitale tchadienne traîne depuis des décennies: créer un opérateur public structuré de transport routier urbain. Les deux parties conviennent que Pékin accompagnera le Tchad dans la réalisation des études préalables. Une décision qui n’a l’air de rien, mais qui rompt avec cinquante ans d’inertie.
Une promesse récurrente, jamais tenue
Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter aux années 1970. N’Djaména a connu deux brèves expériences de sociétés publiques de transport par autobus. Uni Tchadienne, créée en 1970, a cessé ses activités en 1972. Puis la Société tchadienne de transport urbain (STTU), fondée en 1972, a disparu dès 1973. Ces deux tentatives n’ont duré que quelques mois ou années. Depuis, aucun opérateur public durable n’a pu s’installer. Près de cinq décennies se sont écoulées sans qu’aucun gouvernement ne parvienne à stabiliser une offre de transport collectif publique et structurée.
Le contexte urbain a profondément changé. N’Djaména s’est densifiée, mais son système de mobilité reste fragmenté et informel.
Un marché dominé par les opérateurs privés et informels
Aujourd’hui, les déplacements quotidiens des habitants de N’Djaména reposent exclusivement sur des acteurs privés et informels: des taxis collectifs, des minibus et des moto-taxis assurent l’essentiel de l’offre. Aucune structure publique ne chapeau cette organisation. Elle fonctionne, tant bien que mal, mais sans coordination centralisée, sans véritable planification, sans standardisation des tarifs ou des itinéraires. C’est dans cet écosystème qu’un opérateur public aurait pour mission d’intervenir, d’où la portée du projet: non pas remplacer le secteur informel en bloc, mais le réorganiser et le moderniser.
Le gouvernement tchadien formule l’objectif clairement: la future société devrait « contribuer à la modernisation du système de transport urbain, au développement d’une offre de transport public collectif plus adaptée aux besoins des populations et à l’amélioration de la fluidité des déplacements dans la capitale ». Des mots qui sonnent comme une promesse pluridécennale enfin reformulée.
La Chine en tant qu’accompagnateur technique
La mobilisation de la Chine revêt une dimension stratégique précise. Le partenaire asiatique ne créera pas la société, du moins pas à ce stade. Son rôle, selon le communiqué du ministère tchadien, concerne l’accompagnement dans la réalisation d’études de faisabilité: examiner les contours techniques, économiques et institutionnels du projet. Ces trois dimensions sont critiques. Elles doivent éclairer le modèle de fonctionnement futur, les besoins en équipements et en personnel, et surtout les conditions nécessaires à la viabilité de la structure.
Pourquoi la Chine? Pékin possède une expertise massive en matière d’infrastructures de transport en Afrique. Le gouvernement tchadien s’appuie sur ce savoir-faire pour éviter les écueils des années 1970, qui n’ont pas bénéficié d’une préparation comparable. Les études chinoises devront répondre à des questions fondamentales: quel modèle économique? Quel financement initial? Quels besoins en bus et en personnel? Comment coexister avec le secteur privé informel sans le détruire ni se faire écraser par lui?
Un projet inscrit dans une ambition plus large
Cet effort n’existe pas en isolation. La création de la future société nationale s’inscrit dans le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », un cadre plus large d’amélioration des infrastructures et de la mobilité. Le transport urbain de N’Djaména constitue l’une des priorités gouvernementales en ce domaine. La Chine, selon les mêmes discussions du 12 août, pourrait également contribuer à d’autres « projets structurants » relevant du même programme.
Cependant, le projet reste préparatoire. Les études de faisabilité, dont les contours restent à définir, prendront du temps. Aucune date de lancement n’a été annoncée. Aucun calendrier de mise en service n’existe. Le gouvernement tchadien avance avec prudence, conscient des échecs passés.
Une fenêtre vers une mobilité urbaine renouvelée
Si le projet aboutit, N’Djaména verrait émerger pour la première fois depuis 1973 une institution publique dédiée au transport collectif. Une telle structure pourrait transformer la mobilité quotidienne de centaines de milliers d’habitants. Elle offrirait également un cadre régulé à un secteur aujourd’hui atomisé. Les opérateurs informels continueraient probablement à opérer, mais dans un environnement mieux balisé.
Pour l’instant, l’engagement chinois ouvre une porte. Les études de faisabilité constituent l’étape critique, celle qui déterminera si cette nouvelle tentative aura plus de durée que les deux précédentes. Le diagnostic sera impitoyable: il analysera les raisons de l’échec des années 1970 et proposera un modèle robuste. C’est sur cette fondation que pourrait reposer une vraie transformation du transport urbain tchadien.
À retenir
- N' Djaména crée sa première société nationale de transport urbain depuis plus de cinquante ans avec l' appui de la Chine.
- La ministre Fatima Goukouni Weddeye et l' ambassadeur Wang Xining ont convenu que Pékin réalisera les études de faisabilité le 12 août 2026.
- Deux tentatives précédentes ont échoué: Uni Tchadienne en 1970-1972 et la STTU en 1972-1973.
- Aucun opérateur public durable de transport n' a fonctionné depuis cinquante ans à N' Djaména.
Questions fréquentes
- Pourquoi N' Djaména n' a pas eu de société de transport urbain depuis 50 ans?
- Deux tentatives publiques ont échoué: Uni Tchadienne (1970-1972) et la Société tchadienne de transport urbain (1972-1973). Depuis, aucun gouvernement n’a réussi à créer un opérateur public durable et structuré.
- Quel est le rôle de la Chine dans ce projet?
- La Chine accompagnera le Tchad dans la réalisation des études de faisabilité de la future société nationale de transport urbain, selon l’accord discuté le 12 août 2026.
- Qui a initié cette nouvelle tentative de création de transport urbain?
- La ministre des Transports tchadienne Fatima Goukouni Weddeye et l’ambassadeur de Chine Wang Xining ont discuté du projet le 12 août 2026 au ministère des Transports de N’Djaména.
- Combien de temps les précédentes sociétés de transport ont-elles fonctionné?
- Uni Tchadienne a duré 2 ans (1970-1972) et la STTU 1 an (1972-1973), chacune n’ayant fonctionné que quelques mois ou années.