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92 sites ciblés, 3 axes, protéger, restaurer et valoriser les paysages d’Aix-Marseille-Provence, ce qui change pour vous

Sur le papier, l’intitulé sonne comme une promesse simple, presque consensuelle: protéger, restaurer et valoriser. La Métropole Aix-Marseille-Provence a choisi ces trois verbes pour présenter son plan de paysage, un document d’orientation qui vise à traiter le territoire par ses lignes de force, ses continuités, ses ruptures aussi, plutôt que par une addition de projets isolés.

Dans les faits, ce type de plan n’a rien d’un gadget de communication. Il sert de boussole, parfois de garde-fou, pour arbitrer entre usages concurrents. Concrètement, on parle de paysages habités, traversés, exploités, et donc exposés à des tensions permanentes. Dans un espace métropolitain où cohabitent villes denses, zones d’activités, espaces agricoles et milieux naturels, l’enjeu n’est pas de faire joli. Il s’agit d’éviter la dégradation silencieuse de ce qui structure la qualité de vie et l’attractivité.

Le choix des mots est révélateur. Protéger renvoie à une logique de prévention, restaurer admet que des atteintes existent déjà, valoriser assume une dimension d’usage et de récit. Difficile de ne pas y voir une tentative de sortir des postures: ni sanctuarisation abstraite, ni aménagement au coup par coup. Reste à savoir comment cette intention se traduit dans les décisions, sur le terrain, là où les compromis se signent.

Un plan de paysage pour cadrer l’action publique

Le document présenté par la Métropole Aix-Marseille-Provence s’inscrit dans une logique de planification. L’idée, en pratique, consiste à reconnaître le paysage comme une matière d’action publique, au même titre que la mobilité ou l’habitat, et à lui donner un cadre, un langage commun, des priorités. Le terme plan n’est pas neutre: il suggère une méthode, des étapes, une cohérence d’ensemble.

Pour mesurer l’écart avec les approches habituelles, il faut rappeler comment se fabrique souvent l’aménagement: une opération ici, un chantier là, une requalification ailleurs. On obtient des réussites ponctuelles, mais aussi des coutures mal faites. Un plan de paysage cherche justement à travailler ces coutures, à repérer les continuités, les entrées de ville, les franges urbaines, les transitions entre quartiers et espaces ouverts, et à éviter que chaque projet ne tourne le dos au suivant.

Sur le plan politique, le pari reste risqué. Un cadre partagé oblige à de la constance, donc à des arbitrages plus lisibles. Il peut aussi créer des frustrations, parce qu’il limite certaines options. Mais c’est souvent le prix à payer pour une action publique qui ne se contente pas de gérer l’urgence.

Protéger, restaurer, valoriser: trois verbes, une même ligne

Le triptyque mis en avant par la Métropole, protéger, restaurer, valoriser, dessine une progression. Protéger, d’abord, suppose de reconnaître ce qui fait la singularité des lieux et ce qui mérite d’être préservé, au-delà des seuls périmètres réglementaires. Restaurer, ensuite, implique de regarder en face les dégradations, qu’elles soient visibles ou plus diffuses, et de remettre en état, pas seulement de compenser. Valoriser, enfin, engage une question délicate: pour qui, et pour quel usage?

Dans un territoire métropolitain, valoriser peut vouloir dire beaucoup de choses. Cela peut passer par une meilleure lisibilité des espaces, par des aménagements qui facilitent l’accès sans abîmer, par une mise en cohérence des itinéraires, par une attention portée aux vues, aux silhouettes, aux ambiances. Mais on peut aussi s’interroger sur le risque d’une valorisation qui se résume à une mise en scène, sans prise sur les causes de la dégradation. Le bilan est clair dans beaucoup de territoires: sans entretien, sans règles, sans choix assumés, les bonnes intentions finissent en catalogue.

Ce plan, tel qu’il est présenté, revendique précisément une articulation entre protection et usage. C’est là que se joue l’équilibre: tenir une ligne qui ne soit ni punitive, ni permissive. Sur le terrain, ce sont des décisions très concrètes: que fait-on d’une friche? Comment traite-t-on une lisière entre zone d’activités et espace ouvert? Quelle place laisse-t-on aux activités existantes tout en améliorant les continuités paysagères?

Un territoire métropolitain où le paysage devient un sujet de gouvernance

Le fait que la Métropole Aix-Marseille-Provence porte ce plan n’est pas anodin. La question du territoire est centrale: le paysage ne s’arrête pas aux limites communales, et les effets d’un aménagement se lisent souvent à l’échelle d’un bassin de vie. Le choix d’une approche métropolitaine revient à dire que la cohérence se construit au-dessus des réflexes de clocher, ce qui, historiquement, n’a jamais été simple dans la région.

On mesure aussi l’intérêt d’un tel cadre quand on regarde les points de friction habituels: pression sur les espaces ouverts, extension des zones urbanisées, multiplication des infrastructures, banalisation des entrées de ville. Sans un fil conducteur, chaque dossier se traite comme un cas particulier, et la somme des cas particuliers finit par dessiner un paysage subi. Un plan de paysage, à l’inverse, oblige à se demander ce que l’on veut voir, et ce que l’on refuse de laisser se défaire.

Côté mise en œuvre, le sujet n’est pas seulement technique. C’est une question de gouvernance: qui arbitre, à quel moment, avec quels critères? Un document de ce type prend de la valeur quand il devient un référentiel partagé par les services, les élus, et les partenaires locaux. À l’inverse, s’il reste un texte de plus, sa portée se dissout vite dans la routine administrative.

Ce que le plan change, concrètement, dans la fabrique des projets

Dans le quotidien de l’aménagement, un plan de paysage peut agir comme un révélateur. Il remet au centre des éléments souvent relégués: les continuités, les transitions, la qualité des franges, l’entretien, la lecture des grands ensembles. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est souvent là que la différence se voit après quelques années.

Sur le plan opérationnel, la logique incite à anticiper plutôt qu’à réparer. Par exemple, traiter une entrée de ville ne se limite pas à planter quelques arbres. Cela suppose de regarder les alignements, les vues, le rapport entre voirie et bâti, l’affichage, les clôtures, tout ce qui fabrique une impression de désordre ou, au contraire, une cohérence. Le même raisonnement vaut pour les espaces dégradés: restaurer ne signifie pas seulement nettoyer, mais retrouver une structure, une continuité, une lisibilité.

Difficile de ne pas y voir aussi une façon de remettre la question de l’entretien au centre. Les collectivités savent qu’un aménagement inauguré puis laissé sans suivi se dégrade vite, et que la dégradation abîme la perception du service public. Un plan de paysage, s’il est pris au sérieux, oblige à penser la durée, pas seulement la livraison.

Reste une interrogation, la seule qui compte à la fin: le plan pèsera-t-il dans les arbitrages quand les dossiers deviendront sensibles? C’est là, dans les choix difficiles, que l’on verra si protéger, restaurer et valoriser relève d’une ligne directrice ou d’une formule confortable.

Clémence Dubeau
Clémence Dubeau
Parisienne d'adoption passée par Marseille et Bordeaux, Clémence couvre la culture, les sorties et les événements qui animent les grandes villes françaises. Expos, festivals, ouvertures de lieux, scène gastronomique elle repère ce qui fait vibrer chaque métropole avant tout le monde. Ancienne chroniqueuse radio, elle écrit comme elle parle : avec rythme et sans détour.

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