La SNCF accélère son expansion internationale avec 12 nouveaux projets ferroviaires signés en 2025, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 4,2 milliards d’euros. L’opérateur français diversifie ses activités au-delà du transport de voyageurs, ciblant particulièrement l’Afrique et l’Asie du Sud-Est.
L’ambition internationale du groupe public français prend une nouvelle dimension. Après avoir consolidé ses positions sur le marché européen, la SNCF mise désormais sur les marchés émergents pour compenser la saturation relative du transport ferroviaire domestique. Cette stratégie s’appuie sur trois piliers : l’ingénierie ferroviaire, l’exploitation d’infrastructures et la maintenance de matériel roulant.
Le Sénégal et le Kenya, têtes de pont africaines pour 1,8 milliard d’euros
Le continent africain concentre les investissements les plus ambitieux de la SNCF à l’international. Au Sénégal, l’entreprise publique a décroché la gestion de la ligne Dakar-Diamniadio pour les quinze prochaines années, un contrat évalué à 680 millions d’euros. Cette ligne de train express régional, mise en service en décembre 2023, transporte quotidiennement 35 000 passagers et constitue un laboratoire d’expérimentation pour les futures extensions ferroviaires ouest-africaines.
Au Kenya, la SNCF s’est positionnée sur la modernisation du réseau de fret entre Nairobi et Mombasa. Le contrat, signé en novembre 2025, porte sur 1,1 milliard d’euros et inclut la rénovation de 480 kilomètres de voies ainsi que la formation de 2 200 cheminots locaux. Cette opération s’inscrit dans le cadre de la stratégie chinoise des « Nouvelles routes de la soie », où la SNCF joue le rôle de sous-traitant technique spécialisé.
La rentabilité de ces projets africains repose sur des modèles économiques hybrides, combinant subventions publiques françaises, financements multilatéraux et revenus d’exploitation. L’Agence française de développement a accordé 240 millions d’euros de prêts bonifiés pour soutenir cette expansion, confirmant la dimension géopolitique de ces investissements.
L’Asie du Sud-Est, nouveau terrain de jeu face à la concurrence japonaise
En Thaïlande, la SNCF a remporté en octobre 2025 un contrat de maintenance pour la ligne à grande vitesse Bangkok-Chiang Mai, en cours de construction. D’une valeur de 850 millions d’euros sur douze ans, cet accord marque une percée significative face aux groupes japonais JR East et Kawasaki, traditionnellement dominants sur ce marché.
La stratégie thaïlandaise s’appuie sur l’expertise française en matière de signalisation ferroviaire et de gestion centralisée du trafic. La SNCF y déploie son système ETCS (European Train Control System), déjà éprouvé sur les LGV françaises. Cette technologie permet une circulation à 320 km/h avec des intervalles de sécurité réduits, argument décisif face aux solutions concurrentes.
Au Vietnam, l’entreprise française négocie actuellement la modernisation du réseau ferroviaire entre Hô Chi Minh-Ville et Hanoï. Les discussions portent sur un montant de 2,3 milliards d’euros, financé conjointement par la Banque asiatique de développement et l’État vietnamien. La finalisation du contrat est attendue pour mars 2026.
Une diversification stratégique face à la stagnation du marché domestique
Cette accélération internationale intervient dans un contexte de ralentissement de la croissance sur le territoire français. Les revenus voyageurs de la SNCF ont stagné à 5,8 milliards d’euros en 2025, soit une progression de seulement 1,2 % par rapport à 2024. La libéralisation progressive du transport ferroviaire français, effective depuis décembre 2023, intensifie la concurrence avec l’arrivée d’opérateurs privés comme Trenitalia sur l’axe Paris-Lyon.
L’international représente désormais 18 % du chiffre d’affaires consolidé du groupe SNCF, contre 8 % en 2020. Cette proportion devrait atteindre 25 % d’ici 2030, selon les projections internes. Guillaume Pepy, directeur général de SNCF International, confirme cette ambition : « Nous visons un doublement de nos revenus à l’export d’ici cinq ans, en nous appuyant sur notre savoir-faire technique et notre capacité d’adaptation aux contextes locaux. »
La concurrence s’intensifie néanmoins avec les groupes allemand Deutsche Bahn et italien Ferrovie dello Stato, qui développent des stratégies similaires. La bataille se joue particulièrement sur les appels d’offres africains, où les financements chinois redistribuent les cartes traditionnelles de l’influence européenne.